Philippe fait l'éboueur. Il aurait pu faire mieux. Il en a conscience.

 

J'aurais fait un bon théosophe auriculaire. Mais je n'ai pas achevé mon initiation à l'Abbaye de Thélème. Le bouche à oreille est peut-être une excellente méthode de diffusion du savoir, mais je ne supportais plus les puanteurs buccales de ces haleines putrides et le cerumen suintant des conduits auditifs de mes acolytes. Par contre l'école péripatétique du château de Thélème avec ses cent quarante-quatre escaliers me manquait énormément. Les cours du Père Harry Stote...

 

J'ai évoqué brièvement notre rencontre qui, dans des circonstances d'une banalité effarante, se révélera finalement très "constructive" (instructive, intrusive). Je ne pense pas que "Lucinda N. Whackblight" n'aurait jamais dû se lier d'amitié avec un éboueur, que ses compagnons d'ordure surnommaient "Oncle Benne" ou encore "Doudu". Mais je ne pouvais rester insensible à un homme qui confessait qu'il était con. Il revendiquera, par ailleurs, même une certaine préciosité dans son analyse de la situation. Il me confiera qu'il ne se conçevait pas comme un con parmi tant d'autres. Il se considérait en tant que con tout court, un con qui allait tout déballer, un con qui se mettrait en quatre, à nu, pour faire éclater la vérité ! Gang Bang !

C'est en conjuguant ses propres notes personnelles que je qualifierais de "verbigérations rudérales" et la retranscription de nos conversations informelles que nous avons pu élaborer un genre de défrichage ergologique. Les citations bibliques ne participent pas à une quelconque forme de prosélytisme. L'auteur se méfie de la religion comme d'un AK-47. Mais la Bible, de l'ancien au nouveau testament, fait partie intégrante de la culture atavique occidentale. Mais le plus important c'est que la Bible par définition n'appartient à personne et appartient à tout le monde. Pas de copyright, pas de droits d'auteurs... Sauf les éditeurs et les traducteurs et... En bref, nous parlons de textes millénaires. Et ce livre des livres parle de condamnation, de damnation et de mort éternelle, d'abîme et de ténèbres. Bingo !

Je suis un éboueur, un damné, un enfant de Sisyphe...

 

Nous intitulerons ces pages : Un con nu mais un signifiant.

 

J'ai conscience que je suis con. La conscience est un miroir. Le concept de conscience n'est pas une évidence pour tout le monde, puisqu'il ne l'est pas pour moi. Cela peut provenir d'une idée imaginaire. Dans ce cas, j'imagine que je suis con. La notion d'imaginaire parait plus défendable. Les rêves, l'intuition et Steven Spielberg, King ou Hawking font appel à notre imagination, chacun à leur manière. Alors j'imagine que l'imaginaire ou l'imagination sont des notions fiables...

Le judaïsme, le christianisme et même l'islamisme nous ont transmis à travers les âges une certaine vision du monde, de la vie et des choses. Ces mouvements religieux exècrent tout ce qui concerne les images, les icônes ou les idoles. Du haut de leur piédestal, ils ne diront jamais : "Imaginez que nous nous soyons trompés..."

"Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre." (Exode 20 : 4)

"Thou shalt not make unto thee any graven image, or any likeness of any thing that is in heaven above, or that is in the earth beneath, or that is in the water under the earth." (Exodus 20 : 4)

Si nous n'y prenons pas garde ce sont les médias qui imposeront leurs diktats. Au gré des vents mercatiques...

Mais je divague à tort et à travers.

Je me suis un jour réveillé con. Cela allait de soi. Le système-monde produisait du con de toutes sortes et en pagaille. L'air de rien, j'avais l'air d'un con. En fait, j'étais con. Je suis bien con et le resterais à jamais. C'est une spirale, la spirale du con. Car le néant est la poubelle du con. Depuis que je fais l'éboueur, je comprends mieux le con que je fais, le con que je suis.

 

En tant que con, qui suis-je ?

Je suis un con nu mais un signifiant...

Tout d'abord, je suis un contemporain de Donald Trump. Lors de son investiture, celui-ci prête serment sur la Bible...

 

Lucinda N. Whackblight